< Retour aux dernières actualités et événements

Articles

Une nouvelle ère pour les brevets liés à l’IA au Royaume-Uni : la Cour suprême s’aligne sur l’OEB

février 2026

La Cour suprême du Royaume‑Uni a rendu son jugement tant attendu dans l’affaire Emotional Perception AI Limited (EPAI) contre le Comptroller General of Patents, une décision qui modifie de manière significative la façon dont la brevetabilité de l’IA (et plus largement des inventions mises en œuvre par ordinateur) est appréciée au Royaume‑Uni.

L’arrêt de la Cour suprême conclut que l’approche actuellement appliquée par les tribunaux britanniques (la méthode dite Aerotel ) doit être abandonnée et remplacée par l’approche adoptée par l’Office européen des brevets (OEB). Cette harmonisation avec la pratique de l’OEB constitue un changement majeur dans le droit britannique des brevets, apporte une plus grande sécurité juridique et devrait annoncer un environnement plus favorable pour les innovateurs recherchant une protection au Royaume‑Uni pour des inventions mises en œuvre par ordinateur.

Contexte

Ces dernières années ont été marquées par une augmentation considérable de l’utilisation et du développement de l’IA. Outre les titres de presse, cette croissance s’est traduite par une forte hausse du nombre de demandes de brevet visant des inventions portant sur l’IA ou l’utilisant.

Cependant, obtenir une protection par brevet pour des inventions liées à l’IA au Royaume‑Uni et en Europe est souvent complexe. En effet, tant l’Office britannique de la propriété intellectuelle (UKIPO) que l’OEB considèrent généralement que l’entraînement et la mise en œuvre de l’IA constituent des méthodes mathématiques réalisées par des programmes informatiques. Cela est important, car les programmes informatiques et les méthodes mathématiques « en tant que telles » sont exclus de la brevetabilité par la loi. Par conséquent, nombre d’innovations en IA mises en avant dans l’actualité ne correspondent pas nécessairement à des inventions brevetables au Royaume‑Uni et en Europe.

Bien que le Royaume‑Uni et l’OEB appliquent tous deux des exclusions de brevetabilité aux programmes informatiques, des différences importantes subsistaient dans la manière de les appliquer. En pratique, cela a souvent fait de l’OEB un forum plus favorable que le Royaume‑Uni pour demander une protection pour les inventions mises en œuvre par ordinateur et pour l’IA.

L’approche Aerotel appliquée au Royaume‑Uni (issue de Aerotel Ltd v Telco Holdings Ltd [2007] RPC 7) conduit fréquemment à exclure très tôt les inventions mises en œuvre par ordinateur, sans examen détaillé des différences entre l’invention revendiquée et l’état de la technique. De son côté, l’UKIPO refuse souvent d’effectuer une recherche d’antériorités (contrairement à l’OEB), ce qui constitue une source récurrente de frustration pour les déposants.

La demande de Emotional Perception AI Limited (EPAI)

Le jugement porte sur une demande de brevet britannique déposée en 2019 par “Emotional Perception AI Limited (EPAI)”. La demande concerne la fourniture de recommandations de fichiers sémantiquement similaires. L’exemple le plus courant est l’identification d’un fichier musical sémantiquement proche d’un fichier cible.

La similarité sémantique entre deux fichiers est déterminée à l’aide d’un réseau neuronal artificiel (RNA). Le RNA est entraîné pour produire un vecteur de propriétés représentant des caractéristiques sémantiques (comme « joyeux », « triste » ou « relaxant ») à partir d’une entrée exprimant des propriétés mesurables (par exemple le ton, le timbre, la vitesse ou le volume dans le cas de fichiers musicaux). Une fois les vecteurs générés, les distances entre eux permettent d’obtenir une mesure quantitative de similarité.

Historique des décisions précédentes

En 2022, l’UKIPO a rejeté la demande EPAI, estimant que l’objet relevait d’une matière exclue de la brevetabilité. L’UKIPO considérait en particulier que le RNA revendiqué constituait un programme d’ordinateur « en tant que tel ».

Cette décision a été portée devant la Haute Cour, qui a rendu en 2023 un jugement majeur, concluant qu’un RNA entraîné n’était pas un programme informatique. Elle établissait une distinction importante, puisque les poids d’un RNA entraîné résultent de l’apprentissage, et non d’une programmation humaine. Cette décision semblait alors ouvrir la brevetabilité à une catégorie bien plus large d’inventions en IA et positionner le Royaume‑Uni comme un forum particulièrement attractif.

Cependant, en 2024, la Cour d’appel a annulé cette décision et estimé qu’un RNA entraîné constituait bien un programme informatique, puisque sa topologie et ses poids servent d’instructions à un ordinateur. La Cour d’appel a par ailleurs proposé une définition large de la notion d’ordinateur, suscitant des craintes quant à un élargissement excessif de l’exclusion applicable aux programmes informatiques.

Le jugement de la Cour suprême

La Cour suprême s’est prononcée sur trois questions, résumées ci‑après.

Question 1 : Faut‑il cesser d’appliquer l’approche Aerotel ?

L’approche Aerotel est suivie depuis près de vingt ans au Royaume‑Uni. Elle peut conduire à exclure des revendications au motif qu’elles concernent un programme informatique, même si elles précisent une exécution sur du matériel.

L’arrêt conclut que l’approche Aerotel est incompatible avec la décision G1/19 de la Grande Chambre de recours de l’OEB, qui confirme l’approche « tout matériel ». Selon cette approche, dès lors qu’une revendication spécifie l’usage d’un matériel informatique (par exemple un ordinateur générique), elle ne relève plus de l’exclusion. En pratique, il devient donc très simple d’éviter l’exclusion en mentionnant un matériel.

Le jugement conclut ainsi que, en raison de cette incompatibilité, l’approche Aerotel ne doit plus être suivie et doit être remplacée par l’approche G1/19. Ce changement restreint fortement le recours à l’exclusion des programmes informatiques et rapproche sensiblement le droit britannique de la pratique de l’OEB.

Question 2 : Un RNA est‑il un « programme pour ordinateur » ?

La Cour suprême confirme la position de la Cour d’appel : un RNA constitue un programme informatique, puisque ses poids et sa topologie forment des instructions pour un ordinateur. Aucune différence n’est faite entre des instructions produites par apprentissage automatique ou par un humain. L’arrêt confirme donc que les techniques d’IA et de machine learning sont considérées comme des programmes informatiques.

Il est toutefois notable que la Cour suprême refuse d’adopter la définition très large de la notion d’ordinateur proposée par la Cour d’appel.

Question 3 : L’ensemble de la matière revendiquée est‑il exclu ?

Même si un RNA est un programme informatique, les revendications EPAI précisent l’utilisation de matériel informatique. L’adoption de l’approche « tout matériel » signifie donc que les revendications ne visent pas un programme « en tant que tel » et ne sont pas exclues. L’UKIPO et la Cour d’appel auraient donc dû accepter la demande.

Cependant, l’approche G1/19 impose l’application d’une « étape intermédiaire » permettant de déterminer si une caractéristique revendiquée contribue au caractère technique et à l’activité inventive. Cette étape constitue la principale difficulté pour les inventions mises en œuvre par ordinateur.

Bien que l’arrêt confirme que cette étape doit être appliquée, la Cour suprême ne l’effectue pas elle‑même. Elle accueille l’appel et renvoie l’affaire à l’UKIPO pour examiner l’activité inventive selon cette méthode.

Les conséquences

L’abandon de l’approche Aerotel au profit du cadre G1/19 devrait faciliter l’obtention d’un brevet au Royaume‑Uni pour des inventions liées à des programmes informatiques. L’arrêt rapproche également beaucoup plus les décisions du Royaume‑Uni de celles de l’OEB, ce qui sera bien accueilli par les innovateurs et les praticiens.

Cependant, si Aerotel imposait une barrière élevée, l’arrêt déplace désormais le principal débat vers la question de l’activité inventive. La Cour suprême confirme la nécessité d’une « étape intermédiaire » exigeant que les caractéristiques revendiquées contribuent au caractère technique.

Toutefois, la Cour refuse volontairement d’établir un précédent contraignant quant à la manière d’appliquer cette étape, laissant une large marge d’interprétation à l’UKIPO et aux tribunaux.

Il reste donc une grande flexibilité pour développer, dans ce nouveau cadre, l’appréciation de la brevetabilité des inventions mises en œuvre par ordinateur.


Cet article a été préparé par Nick King, associé et conseil en brevets, et Emily Thao, conseil en brevets senior.

Dernières Actus

Event - 27th Février 2026

HGF are sponsors of IQPC Europe 2026

HGF is proud to sponsor IQPC’s Global IP Exchange Europe 2026, an exclusive invite-only forum bringing together senior in-house IP decision makers from across Europe. In a landscape shaped by …

Détails de l'événement
Event - 23rd - 25th mars 2026

HGF are Gold Sponsors of IPBC Europe 2026

HGF are proud sponsors of IPBC Europe 2026, taking place from 23-25 March 2026 at the Pullman Paris Montparnasse. Bringing together patent pioneers, in-house leaders and private practice specialists, IPBC …

Détails de l'événement
Event - 8th - 11th février 2026

AUTM Meeting 2026

We are attending the AUTM Annual Meeting from 8–11 February, a flagship event bringing together technology transfer professionals from across the globe. AUTM connects innovators, universities, and industry leaders to …

Détails de l'événement
Event - 3rd février 2026

Conférence HGF sur la marque et le design 2026

Rejoignez‑nous le 3 février 2026 pour la conférence HGF Brand & Design, un rendez‑vous incontournable pour les équipes juridiques internes, les responsables de marque, les créatifs et les innovateurs qui …

Détails de l'événement
Event - 14th janvier 2026

Séminaire sur Les conséquences de G1/24 - quelque chose a-t-il changé ?

HGF organise un événement sur Les conséquences de G1/24 – quelque chose a-t-il changé ? Il sera suivi d’un réseautage, d’un apéritif et de collations. Le séminaire aura lieu le mercredi …

Détails de l'événement
Event - 24th - 25th novembre 2025

HGF s'associe à 3AF pour le symposium P2I2025

HGF est heureux d’être partenaire de P2I2025, le symposium annuel organisé par la Commission de la propriété intellectuelle de l’Association Aéronautique et Astronautique de France (3AF). L’événement rassemble des spécialistes …

Détails de l'événement
Event - 18th novembre 2025

Forum des investisseurs OIS - Jeffries

HGF est fier de parrainer le Forum des investisseurs OIS le 18 novembre. Il s’agit de l’un des principaux rassemblements pour les leaders, les innovateurs et les investisseurs de l’industrie …

Détails de l'événement
Event - 4th novembre 2025

HGF est sponsor Argent de LSPN Europe 2025

HGF est fier d’être sponsor Argent de LSPN Europe 2025, un forum de premier plan dédié à aider les innovateurs en sciences de la vie à protéger et à valoriser …

Détails de l'événement